Sugar Solitude, by Sylvie F.

SUGAR SOLITUDE

Je n’aurais pas dû… Je sais, je dis ça maintenant que c’est fait, mais sincèrement je regrette. C’est toujours comme ça avec moi, je m’emballe et après je me dis que j’aurais dû réfléchir.
Mais quand je suis rentrée dans ce bar, l’odeur du café fort, presque piquante, alliée à celle plus douce des pâtisseries sucrées, m’a donné envie.
J’ai soudain senti un vide au creux de mon ventre, une envie de sucre sur ma langue, un désir de combler un manque et une impatience d’assouvir ce désir.
Et voilà. Il faisait froid dehors, j’avais marché longtemps en proie à mes pensées, je devais être en hypoglycémie ou un truc dans le genre. Je ne me cherche pas d’excuse, non, mais le corps sait ce dont il a besoin, et à ce moment là il avait juste besoin de manger. Je n’ai ôté ni mon manteau ni mon chapeau, je n’ai même enlevé qu’un gant.

J’ai exagéré comme toujours. Un cupcake, un brownie au chocolat et une tarte aux pommes, c’était bien trop. Mais c’était si bon au moment de les avaler. Quand le serveur a déposé devant moi les pâtisseries et le café que j’avais commandés, mon appétit s’est aiguisé davantage. J’ai d’abord contemplé mon trésor avec avidité avant de me brûler la langue avec la première gorgée de café. Il se dégageait de ces mets une merveilleuse odeur mêlant à la fois le chocolat, le praliné et les pommes. Nul besoin de cuillère ni de serviette : j’ai d’abord mordu dans la tarte et les pommes fondantes ont libéré leur sucre beurré et juteux, une vraie merveille. J’ai déchiré avec minutie un morceau de cupcake et mes doigts se sont enfoncés avec volupté dans la crème pralinée dont il était rempli, les petits éclats de noisette ont craqué sous mes dents alors que j’avalais ce mélange sucré et que je le faisais descendre avec une autre gorgée de café moins chaud maintenant. J’ai croqué avidement dans le brownie qui était encore chaud et gorgé de chocolat… le chocolat, la gourmandise la plus sensuelle selon moi. Je me suis empressée de le dévorer goulûment en rattrapant les miettes du bout des doigts, que j’ai léchées avec avidité. Cette boulimie me semblait insatiable à ce moment-là, et je me suis jetée avec ardeur sur le reste de tarte dont j’ai avalé les pommes avant de croquer la pâte croustillante et dorée nappée de crème. Ma faim inassouvie, j’ai terminé par l’amas de cupcake et son praliné en me poissant une nouvelle fois les doigts. Le liquide brun et tiède de ma tasse : une délicatesse insoupçonnée dans ma gorge après cette orgie de sucre. Et tout cela avec une seule main : cette passion dévorante m’empêche souvent de réfléchir.

Maintenant je regarde dans ma tasse, une larme de café dessine des arabesques quand je la fais tourner et avec elle ma tête tourne un peu. La nausée s’installe doublée de la culpabilité d’être une grosse gloutonne, une goinfre insatisfaite. Du bout de ma langue je récupère une miette sucrée prisonnière de mon rouge à lèvres. J’ai chaud et j’ai la main collante de sucre, ma robe rouge me boudine à la taille. J’ai l’air d’une petite fille prise en faute par son institutrice. Mais l’avantage dans ce genre d’endroit, c’est que personne ne fait attention à personne. En rentrant je me ferai vomir, comme toujours lorsque j’ai ce genre de pulsion imbécile. J’aimerais dire que c’est la dernière fois.

Sylvie F.